Ça sera votre dernier rendez-vous…

Au lendemain de Noël, au salon de coiffure en face de chez moi, je viens prendre rendez vous pour le début d’année, le 12 janvier pour être précise, avant de partir pour deux semaines de vacances en Roumanie avec mon chéri. La coiffeuse et gérante du salon farfouille dans ses étagères pour sortir le nouvel agenda, afin de l’étrenner avec mon rendez-vous, et là, la dame me dit « ça sera votre dernier rendez-vous avec votre nom de jeune fille… » ça raisonne dans ma tête et me donne envie d’écrire un billet.

Cette fin d’année a été riche en événements. Mon déménagement décidé assez vite et réalisé encore plus vite le dernier WE de novembre, me voilà perchée sous les toits au sixième étages sans ascenseur, dans un petit nid d’à peine 13 m2, dans un bel immeuble Haussmannien donnant sur l’avenue Gambetta.

Dans le même temps, le capitaine de mon cœur se languissant trop de mon absence et n’arrivant pas à lancer ses projets au Maroc, décide de renouer avec son métier d’architecte. Le voilà donc, mi décembre, qui vient me retrouver pour rencontrer son futur employeur. La rencontre est fructueuse puisqu’il est engagé (ce qui ne me surprends pas du tout). Il est convenu qu’il commence le travail mi janvier pour achever la construction d’un hôpital à Abidjan. La Cote d’Ivoire c’est bien plus loin que le Maroc pour moi, alors…

Nos jolis plans ayant pris pas mal de plombs dans l’aile, on va s’accrocher à celui de notre mariage. Initialement prévu en Galice en septembre 2016, ce programme nous paraît compromis, car avec une embauche en janvier la possibilité de pouvoir prendre des congés à cette époque est bien mince. De plus nous ne pourrons pas y aller en bateau comme il se devait. Nous décidons donc de nous marier avant son départ, prévu mi janvier, afin que je puisse le rejoindre rapidement. Le créneau est court, nous avons un mois devant nous avec une absence de 15j au milieu (les billets pour la Roumanie sont pris).

Je me démène comme un beau diable pour ficeler ça en une grosse semaine. Premier petit handicap, il me fallait un mois de résidence dans l’arrondissement avant que le dossier de mariage puisse être instruit. Ce qui était frustrant et angoissant car la constitution du dossier fut rapide après un petit passage au consulat de Roumanie pour divers papiers pour chéri, chèrement obtenus.

J’appelais la cheffe du service mariages « en collègue » pour la presser de me fixer une date de mariage avant de partir en vacances. Le dossier ne pourra pas être traité avant le 27 décembre, la publications des bans durera dix jours, notre vol de départ est prévu le 26 décembre, le retour le 10 janvier, tout cela ne nous laisse pas beaucoup de choix, le lundi 11 ou le mardi 12 (chéri ne veut pas se marier un 13). Je finis pas obtenir la date confirmée pour le 12 janvier à 15h. Nous ne pouvions pas faire plus court. Me voilà rassurée et les témoins prévenus.

Tout va bien, excepté « doudou d’amour », coincé au Maroc. J’irais dès que possible le chercher pour l’emmener à Abidjan, où l’on ne demande pas de titrage antirabique. Tu ne restera plus longtemps coincé comme ça, mon doudou, le veto vient de m’envoyer ton prélèvement après un mois suite à ta dernière vaccination, je vais le réceptionner, l’envoyer au laboratoire qui fera le titrage, ensuite tu auras ton sésame et plus jamais nous ne serons obligés de te laisser. Tu es entre de bonnes mains mais notre présence te manque tout comme la tienne à nous.

Pour le mariage nous n’avons rien dit à personne excepté les témoins et pour cause, car nous n’envisagions pas de faire ce dernier avec les familles. Nous avions un délai trop court, pas les moyens et ni l’envie de faire ça en grand. Nous voulions faire cela en petit comité, alors nous avions convié quelques amis parisiens à venir nous faire la bise et boire un coup. Finalement nous étions 15 en tout et pour tout et ça n’a pas manqué de chaleur. J’étais la plus heureuse des femmes, la pression était montée tout doucement, ça m’amusait de me sentir fébrile comme ça. Je devenais officiellement l’épouse de mon capitaine et par la même j’avais un époux, un mari. Je peux désormais dire « mon mari » sans rougir de gêne.

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Certains se demanderons pourquoi tant de gêne. Depuis douze ans que nous vivons ensemble je n’arrivais pas à dire « mon mari » en parlant de lui, j’éludais, je disais « mon compagnon », « mon conjoint » ou « mon concubin », pas « mon ami » c’est trop ambiguë, mais jamais « mon mari », j’avais le sentiment de « mentir », et ce même si nous nous étions pris pour époux, seuls sur notre bateau avec un goéland et un homard (qui à fini à la casserole, lui) pour témoins, quelques années auparavant. Aux yeux des hommes je n’étais pas mariée, ça pesait lourd sur ma conscience. Je vous confesse que c’est la plus forte pression de la société que j’ai ressenti ces dernières années, et bien maintenant c’est FINI, j’ai un mari et je l’aime encore et toujours.IMG_0069                                                              IMG_0050

J’ai beaucoup pensé à mon papa disparu fin septembre, il aurait été heureux de nous voir unis par les liens du mariage. Je crois qu’il veille maintenant sur notre bonheur. Mon doudou, lui, n’aurait rien compris à la chose mais je suis sûre aurait senti la joie et l’amour de ce jour et l’aurait partagé avec nous. Les absents ont décidément toujours tort.

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